Noël d’autrefois

Pour échapper, quelques instants, à l’entrée inexorable dans ce monde planifié et bourré de certitudes que nos compatriotes « branchés » appellent l’Euroland, j’ai feuilleté les pages écrites par Norbert Rosapelly, ethnographe, sur la période de Noël (1). 
À l’approche du grand soir, il était fréquent d’entendre, à l’heure de l’Angélus, un son de corne retentir dans le pays des Baronnies. La veille de Noël, les enfants allaient, en bande, demander des petits pains aux habitants. Les fêtes enfantines seront popularisées, en Bigorre, après la guerre de 1870. Depuis cette date, un petit Jésus délicat, mystique et pour tout dire un peu embarrassant par la remontée, en bouffées, de tous les remords d’une conscience troublée par tant de perfection, a laissé sa place à un « Bonhomme Noël » plus humain, plus grand-père, à qui l’on peut présenter une bonne liste de désirs matériels et avec qui l’on négociera, jusqu’au dernier moment. Il y avait bien l’inévitable interrogation sur le calibrage suffisant du conduit de la cheminée permettant le passage d’un personnage si imposant mais la quasi certitude de son arrivée était là.
Logiquement, il n’eut pas été bienséant de l’accueillir dans un intérieur froid comme un simple jour de décembre, d’où la décoration des intérieurs avec des branches de gui ou de houx, porte-bonheur populaire. Une belle souche ou un tronc d’arbre, de gros diamètre, est placée au fond de l’âtre. Le feu est ainsi assuré de vivre jusqu’à l’heure de la messe de minuit. Toute la famille est là, autour de la cheminée, devisant des récoltes et des nouvelles du village pendant que les enfants surexcités par un événement qui n’en finit pas d’arriver s’agitent et se querellent gentiment. Le foyer est alimenté par des bois minces que l’on dissimule derrière la plaque de la cheminée. Saisissant ces baguettes au bout incandescent, les enfants entonnent une comptine de Noël tout en décrivant des cercles de fumée au-dessus de leur tête.
L’heure de la messe de minuit est enfin venue dans toutes les églises paroissiales brillamment illuminées et aux chapelles de la ville de Tarbes : Dames des Ursulines, hospice de la Charité, à l’Hôpital et du faubourg Saint-Anne. Les pains placés devant soi ou sur la Sainte Table étaient bénis. Une partie de ces pains était mangée au réveillon, le reste était précieusement conservé. Les règlements de police de la ville de Tarbes interdisaient les repas « d’apparat » après la messe de minuit. Ainsi, le caractère sacré de la soirée était préservé. Les patrouilles de la Garde Nationale circulaient toute la nuit et un « piquet » d’une vingtaine d’hommes était en faction devant l’église Saint-Jean. Quelques rares villages organisaient une pastorale de la nuit de Noël. À Soulagnets, près de Bagnères-de-Bigorre et à Vignec, dans le canton de Vieille-Aure. À Aveux, dans le canton de Mauléon-Barousse, la croyance aux fées était forte. Elles visitaient les maisons la dernière nuit de l’année. Aussi, fallait-il préparer un repas dans une chambre propre dont on ouvrait portes et fenêtres. La confection d’un repas de belle facture assurait la réussite dans ses projets et le bonheur pour la nouvelle année.
 (1) Traditions et coutumes des H.P – Norbert Rosabelly – 1990 – Ed. Soc. Académique des Hautes-Pyrénées.

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