Ecus d’hier, Euro d’aujourd’hui

Attendu avec espoir par certains, un rien d’appréhension par d’autres, l’Euro n’est qu’une des nombreuses devises utilisées en Bigorre, depuis six siècles. Déjà, en 1496, l’achat du terroir de Saubanha aux comtes de Bigorre nous renseigne sur la floraison des espèces au Moyen Âge (1). Le comté connaissait alors des pièces frappées à Morlaas. L’évocation de celles-ci dégage un parfum de poésie. Jugeons-en plutôt. 

La dette royale contractée par les Vicquois fut exigée en ducats d’or vieux (1 livre 17 sols 6 deniers), espèce préférée de Catherine de Foix, comtesse de Bigorre, et en écus d’or sol ou soleil (1 livre 16 sols 6 deniers), espèce « sonnante et trébuchante » par excellence, très prisée par Jean III, roi de Navarre, son mari. En Armagnac et Bigorre, ce même écu valait 27 sols. D’accord, ces écus d’or c’était pour les rois, mais, pour la population bigourdane, qu’en était-il ? À la fin du XVe siècle, les devises utilisées étaient la livre Morlane de 60 sols que les Béarnais s’efforçaient de maintenir au triple de l’étalon Tournois qui servait de monnaie de compte et sur lequel toutes les espèces s’appréciaient, l’écu d’or de 28 sols, l’écu petit ou guirit de 27 sols, le franc d’Or de 25 sols, le franc Béarnais de 15 sols, le sol Bon de 1 sol et 6 deniers soit 18 deniers et le sol Tournois de 12 deniers. Puis, la livre Carline du Béarn de 90 deniers, vestige de sa primauté sur le royaume basque de Navarre et le sol Morlaas de 30 deniers, pour les bas de laine. Quant aux doublets d’Armagnac de 6 deniers, les deniers Morlaas de 4 deniers, les deniers Tolsa ou Tolosan de 2 deniers et le modeste denier Tournois, les Bigourdans pouvaient les échanger sur tous les marchés. D’autres pièces remplissaient leurs goussets : le franc de Béarn de 15 sols bons ou de bonne monnaie, le franc simple de 20 sols bons, le Grand Blanc de 10 deniers Tournois ou Blanc Morlaas, le Blanc simple de 3 deniers Jaquès, le Double Tournois ou Nicques, pièce cuivrée de 2 deniers Tournois, la Double des Doubles ou denier Parisis et dans les poches des plus humbles : le denier Jaquès de 1 liard ou 2 Mailles – maelha, la Baquette de 1 Pelat ou trois quarts de denier Morlan, la Maille Morlane de 2 Oboles ou 2 Pites et la Causen égale à une demie Baquette. 

Pour être complet, n’oublions pas de régler la douloureuse amende fiscale – si, si, la chose existait déjà – par la livre fiscale de Bigorre équivalente à 21 sols et 8 deniers (1574), ou l’une de ses fractions. Les Vicquois acquittèrent la lourde somme de 1753 écus d’or. Bah ! à peine 243918 euros et 42 cents. Allez, ne perdez pas votre calculette et bonne année !

 (1) « Saubanha, une seigneurie particulière » – Claude Larronde – 1985 – Société Académique des Hautes-Pyrénées.

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